Le recyclage des plastiques en Belgique augmente de 60 %, mais les plastiques recyclés ont besoin de débouchés
13 octobre 2026, Bruxelles - Les entreprises belges de recyclage sont un moteur de l'économie circulaire des plastiques. Depuis 2018, le taux de recyclage des plastiques en Belgique a augmenté de pas moins de 60 %, soit près de deux fois plus vite que la moyenne européenne. Pour les emballages et les matériaux de construction en plastique, la Belgique atteint même déjà les objectifs européens de recyclage fixés pour 2030. Ces progrès sont toutefois sous pression. La part de plastiques recyclés dans les nouveaux produits reste à 12,2 %, en dessous de la moyenne européenne, la production dans le secteur des plastiques a diminué de 14 % et les importations en provenance de Chine augmentent fortement. Denuo, la fédération belge des employeurs pour le secteur privé des déchets et du recyclage, appelle donc à stimuler la demande de plastiques recyclés et à soutenir les investissements dans de nouvelles capacités de recyclage.
C’est ce qui ressort du rapport ‘The Circularity of the Belgian Plastics Industry’ présenté aujourd'hui. Il s’agit d’une initiative conjointe des fédérations sectorielles Agoria (technologie), essenscia (chimie, plastiques et pharma) et Denuo (recyclage). Denuo participe pour la première fois cette année à ce rapport d’avancement. Le rapport couvre ainsi désormais l’ensemble de la chaîne de valeur des plastiques, de la production et de la transformation à la collecte, au tri et au recyclage. Les chiffres reposent sur les données de l’organisation faîtière européenne Plastics Europe, complétées par les données propres des trois fédérations.
La Belgique parmi les leaders européens en matière de recyclage des plastiques
Avec un taux de recyclage de 41,3 %, la Belgique se classe deuxième en Europe, juste derrière l'Espagne. Pour le recyclage des emballages en plastique et des matériaux de construction, aucun pays européen ne fait mieux. Moins de 2 % des plastiques en Belgique finissent encore dans une décharge, contre 21,5 % en moyenne en Europe. Ces résultats s’expliquent notamment par une collecte sélective bien développée et par les investissements réalisés ces dernières années par les entreprises de recyclage dans des installations de tri et de recyclage.
La part de plastiques recyclés utilisés dans la fabrication de nouveaux produits en plastique a, elle aussi, presque doublé depuis 2018, passant de 6,5 % à 12,2 %. La Belgique reste toutefois sous la moyenne européenne de 14,1 %. Cela s’explique par la forte spécialisation belge dans les emballages haut de gamme destinés à l’alimentation et aux applications médicales. Dans ces domaines, des règles strictes en matière de sécurité et de qualité interdisent souvent l'utilisation de plastiques recyclés. Dans l'agriculture et le secteur de la construction, la part de plastiques recyclés est déjà beaucoup plus élevée, avec respectivement 32 % et 21 %. Les emballages industriels réutilisables, comme les caisses et les palettes, sont également un point fort de la Belgique.
Inge Dewitte, Senior Advisor Plastic Recycling chez Denuo : “Les entreprises belges de recyclage jouent pleinement leur rôle dans l’économie circulaire. Nous atteignons déjà les objectifs européens 2030 pour les emballages et les matériaux de construction, et quasiment plus aucun plastique ne finit en décharge. Mais la boucle n’est réellement bouclée que lorsque les plastiques recyclés trouvent effectivement leur place dans de nouveaux produits. C’est là que le bât blesse aujourd’hui. Tant que les plastiques vierges d’origine fossile resteront moins chers et que la réglementation limitera inutilement l’utilisation de matières recyclées dans certaines applications, la demande restera insuffisante. Des règles qui permettent une réutilisation sûre sans compromis sur la qualité sont donc essentielles.”
La pression économique pèse sur l'ensemble de la chaîne de valeur
Les bons résultats en matière de recyclage contrastent fortement avec la réalité économique. Depuis 2018, la production du secteur des plastiques en Belgique a reculé de 14 %. Les baisses les plus marquées concernent l’automobile (-28 %) et les emballages (-17 %). Dans le même temps, le secteur fait face à une concurrence chinoise croissante, avec une forte hausse des importations de polymères (+41 %) comme d’articles en plastique (+87 %). Au niveau mondial, la part de la Chine et de l’Asie dans la production de plastiques est passée de 35 % à 55 % entre 2006 et 2024, tandis que celle de l’Europe est tombée de 22 % à 12 %.
C’est un défi supplémentaire pour le secteur du recyclage. Une industrie européenne des plastiques en déclin, c’est moins d’acheteurs pour les plastiques recyclés. En parallèle, les importations bon marché de plastiques vierges fragilisent encore davantage la compétitivité des matières recyclées. Avec plus de 30 000 emplois, une valeur ajoutée de 4,9 milliards d’euros et une contribution positive de 9,3 milliards d’euros à la balance commerciale belge, la chaîne de valeur des plastiques reste pourtant d’une importance stratégique pour l’économie belge.
Investir dans le tri et dans de nouvelles technologies de recyclage
En Belgique, 57 % des déchets plastiques collectés font encore l’objet d’une valorisation thermique avec récupération d’énergie. Pour Denuo, il y a là un potentiel important. Une collecte plus sélective, un meilleur tri et des investissements dans des technologies de recyclage innovantes pourraient réintroduire une grande partie de ces matières dans la boucle. Pour les flux de déchets propres et bien triés, le recyclage mécanique reste la solution la plus indiquée. Les recyclages physique et chimique sont un complément nécessaire pour les flux aujourd’hui difficiles à recycler mécaniquement. Ils permettent d’éliminer les contaminants et de décomposer les plastiques en leurs éléments constitutifs d’origine, ou de les transformer en matières premières pour le secteur chimique.
Inge Dewitte, Senior Advisor Plastic Recycling chez Denuo : « Aujourd’hui encore, une grande quantité de plastiques part en récupération d’énergie alors que nous pourrions les maintenir dans la boucle. Pour y parvenir, nous devons continuer à améliorer la collecte et le tri, et miser sur de nouvelles technologies de recyclage qui complètent le recyclage mécanique. Mais les entreprises de recyclage n’investissent que si leurs matières recyclées trouvent des débouchés stables. Nous demandons donc des objectifs ambitieux et contraignants en matière de contenu recyclé, des pouvoirs publics qui montrent l’exemple par des achats circulaires, un marché européen unique des déchets et des matières premières secondaires, et des conditions de concurrence équitables, qui imposent aux matières recyclées importées les mêmes exigences strictes qu’aux matières recyclées produites en Europe. Ce n'est qu'à cette condition que la Belgique pourra devenir la plaque tournante européenne des plastiques circulaires.”
Lisez le rapport complet ci-dessous.